Ce n’était pas un duo, encore moins un tango. En venant, j’avais pu lire « solo ». Donc pas de fandango, pas de zorongo, pas de polka, ni de rumba, ni de petit cha-cha-cha. Il n’y avait même pas de musique... Pas d’oratorio, de capriccio, pas de csardas et encore moins de mazurka.
Il se mit à gesticuler. Je ne sais trop ce qu’il faisait. Il se remuait, se secouait, s’affaissait, s’envolait, se lançait.. Quelque chose se passait... Oui.. Quelqu’un devant moi faisait taire les bruits de la ville. Un être là, juste là, inventait l’ici, créait le maintenant. En se trémoussant dans son petit carré bien bordé de blanc, dessiné à même l’asphalte, ce type défiait, mine de rien, l’agitation de ce monde. Il avait réussi à ralentir la course des planètes qui s’étaient mises à admirer, jalouses, sa trajectoire à lui...
Il avait du culot cet homme seul, cet homme si seul, de s’approprier ainsi un minuscule bout de l’univers et de lui imposer sa cadence. Il avait du courage ce gars, pas particulièrement jeune, séparé du reste des mortels par cette dérisoire petite ligne blanche sur le sol, oui, il avait un courage fou d’oser me soumettre à son rythme, de me donner à ressentir les battements de son coeur à lui, alors que j’aurais eu tant à voir, alors qu’autour de moi la vie s’écoulait aguicheuse..
Il continuait inexorablement. Il dansait pour les gratte-ciel qui s’étendaient au loin, pour le soleil qui semblait presque pâle à côté de lui, pour la lune qui curieuse, interloquée commençait à montrer sa face timide. Il dansait pour le ciel qu’il défiait, pour un dieu invisible dont il semblait se moquer...
Tout à coup, je voulus qu’il me tende les bras, qu’il me prenne par la main et que nous fassions quelques pas au centre du monde. De l’autre côté du miroir. Tout à coup, je priai pour qu’il m’enlace, qu’il m’emporte, me transporte vers cet infini qu’il inventait, dans son tout petit carré bien dessiné. Mais à moi, « le danseur des solitudes » ne pensait pas. Il était devenu le geste souverain. Il n’était que le mouvement des origines. Il avait donné naissance à la vie elle-même et nulle fin ne le ferait trembler. Cet homme portait en lui la danse, toute la danse, celle qui se moque du temps, du lieu ou du climat... Celle qui vient nous dire qu’elle existe et que toujours elle reviendra.
Cet homme au cœur de la ville, en plein milieu des choses, dans le magma du cosmos urbain, là, juste là, tout à côté de moi, n’était pas de ce monde. Et quand il fit un signe de la main pour congédier l’humanité, le terrestre et le céleste, je compris qu’il avait inventé l’éternité.
Dans un ridicule petit carré bordé de blanc.
Il se mit à gesticuler. Je ne sais trop ce qu’il faisait. Il se remuait, se secouait, s’affaissait, s’envolait, se lançait.. Quelque chose se passait... Oui.. Quelqu’un devant moi faisait taire les bruits de la ville. Un être là, juste là, inventait l’ici, créait le maintenant. En se trémoussant dans son petit carré bien bordé de blanc, dessiné à même l’asphalte, ce type défiait, mine de rien, l’agitation de ce monde. Il avait réussi à ralentir la course des planètes qui s’étaient mises à admirer, jalouses, sa trajectoire à lui...
Il avait du culot cet homme seul, cet homme si seul, de s’approprier ainsi un minuscule bout de l’univers et de lui imposer sa cadence. Il avait du courage ce gars, pas particulièrement jeune, séparé du reste des mortels par cette dérisoire petite ligne blanche sur le sol, oui, il avait un courage fou d’oser me soumettre à son rythme, de me donner à ressentir les battements de son coeur à lui, alors que j’aurais eu tant à voir, alors qu’autour de moi la vie s’écoulait aguicheuse..
Il continuait inexorablement. Il dansait pour les gratte-ciel qui s’étendaient au loin, pour le soleil qui semblait presque pâle à côté de lui, pour la lune qui curieuse, interloquée commençait à montrer sa face timide. Il dansait pour le ciel qu’il défiait, pour un dieu invisible dont il semblait se moquer...
Tout à coup, je voulus qu’il me tende les bras, qu’il me prenne par la main et que nous fassions quelques pas au centre du monde. De l’autre côté du miroir. Tout à coup, je priai pour qu’il m’enlace, qu’il m’emporte, me transporte vers cet infini qu’il inventait, dans son tout petit carré bien dessiné. Mais à moi, « le danseur des solitudes » ne pensait pas. Il était devenu le geste souverain. Il n’était que le mouvement des origines. Il avait donné naissance à la vie elle-même et nulle fin ne le ferait trembler. Cet homme portait en lui la danse, toute la danse, celle qui se moque du temps, du lieu ou du climat... Celle qui vient nous dire qu’elle existe et que toujours elle reviendra.
Cet homme au cœur de la ville, en plein milieu des choses, dans le magma du cosmos urbain, là, juste là, tout à côté de moi, n’était pas de ce monde. Et quand il fit un signe de la main pour congédier l’humanité, le terrestre et le céleste, je compris qu’il avait inventé l’éternité.
Dans un ridicule petit carré bordé de blanc.
Catherine Mavrikakis est une écrivaine et essayiste québécoise. Son plus récent roman est Les derniers jours de Smokey Nelson, (Héliotrope, 2011).
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