C’est sûr, ils allaient faire l’amour. Dans une heure ou deux, ils se retrouveraient sous la même couette. Chez lui ou chez elle. Peut-être chez eux. Ils dansaient avec tant d’intensité qu’il m’a semblé entendre le son du frottement de leur épiderme. Je cherchais à voir le mouvement des poils se redresser sous les frissons. D’autres couples s’enlaçaient ce soir-là sur la piazza Navona. Eux seuls comptaient.
L’homme, un Romain costaud affichait un faciès serein et rassurant. Le Vatican aurait pu s’effondrer, je crois qu’il serait resté là, à guider sa dame, à lui chuchoter quelques mots à l’oreille. Elle piétinait le sol avec précision, le regard vif et concentré. Le même que celui de Paul-André Fortier, aperçu dans un solo de danse le mois précédent à Montréal. Comme l’illustre chorégraphe et danseur, son crâne était dégarni. J’ai pensé qu’un jour, on avait annoncé à cette femme qu’elle était malade, que les mots radiothérapie et chimiothérapie avaient été prononcés du bout des lèvres. J’ai pensé qu’elle avait éclaté en sanglots dans le cabinet climatisé du médecin, puis seule sur un balcon. Seule dans un autobus les yeux cachés derrière un livre, seule aussi dans son bain.
Autour de la Fontaine des Quatre Fleuves, où touristes et citadins s’entremêlaient, unis dans les battements de la fête et délestés du poids du travail, l’homme empoignait le tissu de la robe noire avec fermeté. La femme déliait sans retenue son corps menu, aux limites de l’impudeur, comme le font celles qui s’abandonnent en terrain connu, les paupières closes, la bouche entrouverte.
Peut-être qu’ils s’étaient souvent querellés. Peut-être qu’elle lui avait reproché son impulsivité, ses trop longues parties de poker, ses maladresses en échappant de la sauce tomate sur ses chemises. Peut-être que blessé dans son orgueil de macho, il avait hurlé de rage en la voyant séduire son ami lors d’un anniversaire. Il n’aimait pas non plus quand elle s’enivrait et devenait vulgaire. Tiramisu, grappa et caresses divines suffisaient pour que l’homme oublie. Compliments exagérés, mais tout de même prononcés dans un filet de voix rauque, suffisaient pour que la femme oublie. Sans cheveux, les cernes un peu plus prononcés, elle croyait encore en ces mots.
Puis, dans les bras de celui qui l’entourait sur cette piazza, un monde d’inquiétudes apaisées se nichait, des pommettes saillantes s’empourpraient, une mère, une diablesse, une amante, une besogneuse, une amoureuse éperdue allait jouir. Cette nuit et d’autres encore.
J’ai passé le reste de mes vacances romaines à danser dans la foule bigarrée, à chercher ces bras-là.
L’homme, un Romain costaud affichait un faciès serein et rassurant. Le Vatican aurait pu s’effondrer, je crois qu’il serait resté là, à guider sa dame, à lui chuchoter quelques mots à l’oreille. Elle piétinait le sol avec précision, le regard vif et concentré. Le même que celui de Paul-André Fortier, aperçu dans un solo de danse le mois précédent à Montréal. Comme l’illustre chorégraphe et danseur, son crâne était dégarni. J’ai pensé qu’un jour, on avait annoncé à cette femme qu’elle était malade, que les mots radiothérapie et chimiothérapie avaient été prononcés du bout des lèvres. J’ai pensé qu’elle avait éclaté en sanglots dans le cabinet climatisé du médecin, puis seule sur un balcon. Seule dans un autobus les yeux cachés derrière un livre, seule aussi dans son bain.
Autour de la Fontaine des Quatre Fleuves, où touristes et citadins s’entremêlaient, unis dans les battements de la fête et délestés du poids du travail, l’homme empoignait le tissu de la robe noire avec fermeté. La femme déliait sans retenue son corps menu, aux limites de l’impudeur, comme le font celles qui s’abandonnent en terrain connu, les paupières closes, la bouche entrouverte.
Peut-être qu’ils s’étaient souvent querellés. Peut-être qu’elle lui avait reproché son impulsivité, ses trop longues parties de poker, ses maladresses en échappant de la sauce tomate sur ses chemises. Peut-être que blessé dans son orgueil de macho, il avait hurlé de rage en la voyant séduire son ami lors d’un anniversaire. Il n’aimait pas non plus quand elle s’enivrait et devenait vulgaire. Tiramisu, grappa et caresses divines suffisaient pour que l’homme oublie. Compliments exagérés, mais tout de même prononcés dans un filet de voix rauque, suffisaient pour que la femme oublie. Sans cheveux, les cernes un peu plus prononcés, elle croyait encore en ces mots.
Puis, dans les bras de celui qui l’entourait sur cette piazza, un monde d’inquiétudes apaisées se nichait, des pommettes saillantes s’empourpraient, une mère, une diablesse, une amante, une besogneuse, une amoureuse éperdue allait jouir. Cette nuit et d’autres encore.
J’ai passé le reste de mes vacances romaines à danser dans la foule bigarrée, à chercher ces bras-là.
Claudia Larochelle est journaliste depuis onze ans. Récemment, elle a co-dirigé le collectif Amour & libertinage, par les trentenaires d'aujourd'hui et a aussi fait paraître en 2011 Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, un recueil de nouvelles.
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