lundi, octobre 17, 2011

Texte 25 : ''Son corps attaché au nôtre'' par Carole David

Sous le ciel étoilé, le samouraï cherche à couper des têtes 
à les rouler comme des cerceaux  
il veut des corps à traverser, des murs à tricher
le maître crée une illusion
il empile, réserve des tissus humains
fait de longues enjambées au sol.

Dans la foule, une Marie Stella amusée dit :
« Il danse au rythme de la musique que j’écoute. »
sur ces mots, il la fait prisonnière
dans un des quatre coins
dont il est le geôlier
pendant qu’il tient nos corps captifs :
la tête, les bras, le tronc désarticulés
la mémoire de notre chair se dérobe.

Denise, Élise et les deux Louise assises l’une en face de l’autre

sans table pour écrire
transforment les gestes du danseur
sur leurs jambes muettes et noires
des notations, des cris et des liquides roulent sur le pavé.

Après notre libération
tandis que Marie Stella est portée disparue
nous prenons la fuite dans le corridor
et chantons nos partitions :
« Nous sommes le corps de la poésie.»



Auteure notamment de Terroristes d’amour (Prix Émile-Nelligan), du roman Impala (finaliste, Prix de la Ville de Montréal) et du Manuel de poétique à l’usage des jeunes filles (finaliste, Prix du Gouverneur général), Carole David a publié plusieurs livres tant en poésie qu’en fiction. Sa novella Hollandia est lancée ce 17 octobre chez Héliotrope.

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